La route du Canada

  1. Situation géographique et contexte historique
  2. Histoire
  3. Migrations et villes
  4. Voyageur : Tom Plant
  5. Les enfants et la route du Canada
  6. Old Canada Road International Corridor
  7. Projet Chaud-Bec
  8. Beauce-Maine, Territoire d'Héritage commun !

  1. Voyageur: Tom Plant
Thomas Gustave Plant est né à Bath, au Maine, en 1859. Ses parents étaient venus du Bas-Canada. Sa mère, Sophie Rodrigue, avait « traversé les forêts » avec sa famille dans les années 1820. Son père, Antoine Plante, était arrivé à Augusta en 1834. Antoine et Sophie s'établirent à l'embouchure de la rivière Kennebec, à Bath où ils se marièrent et eurent des enfants. Antoine travailla comme marin, participa à la Guerre civile et fut blessé en Virginie durant une charge d'infanterie contre une position des Confédérés. Son père étant devenu invalide, Tom grandit dans la pauvreté dans un secteur canadien-français de la ville appelé « French Hill ». Il abandonna l'école à l'âge de 14 ans, au cours de la Dépression économique de 1873, et commença à travailler comme chaudronnier et coupeur de glace. Il était aussi connu comme un des meilleurs joueurs de base-ball du Maine. À l'époque, les manufacturiers de chaussures du Massachusetts avaient commencé à établir des usines au Maine, tactique qui avait pour but de briser les grèves dans les ateliers de leur État. Tom devint apprenti à la fabrication de formes dans une de ces manufactures de chaussures dites « régionales ».

En 1880, le jeune Tom quitta le Maine pour Lynn, au Massachusetts, la «capitale mondiale de la chaussure». Les conditions de travail contribuèrent à la détérioration de sa vue, ce qui l'amena à quitter son emploi et à se rendre en Californie, chez des parents, dans le but de refaire sa santé. À son retour, il devint, à 25 ans, manufacturier grâce à l'argent qu'il avait gagné dans un pari de base-ball. Il débuta dans une entreprise coopérative en 1885. Puis, en 1887, il devint partenaire dans une autre manufacture. En 1891, il lança sa propre compagnie. Au cours des vingt années suivantes, la Thomas G. Plant Company de Boston devint ce qu'on affirma être la plus grande entreprise manufacturière de chaussures au monde. Tom devint le champion du capitalisme «éclairé» et un partisan de Teddy Roosevelt et du Parti progressiste. Il participa au monde des inventions et des brevets en mettant au point des machines pour la fabrication de chaussures. Après une dure grève dans l'industrie de la chaussure, il vendit son entreprise à la multinationale United Shoe Machinery Company en 1910 et prit sa retraite alors qu'il était probablement le plus riche Franco-Américain de son époque. On estime que sa fortune atteignait alors quelque 26 millions de dollars.

Tom construisit au bord du lac Winnepesaukee, au New Hampshire, un domaine de 6 500 acres et un des plus remarquables clubs de golf des États-Unis. À Bath, au Maine, il établit une maison de retraite pour les travailleurs pauvres. Toutefois, peu avant le krach de la Bourse en 1929, les actions de Tom commencèrent à chuter. Il avait investi dans des bonds russes peu avant la Révolution d' Octobre, dans le sucre avant que ne chutent les prix après la Première Guerre mondiale, et dans des terres non productives tout au long de l'Ère du jazz. L'industriel ne réussit pas à se transformer en financier et il fut réduit à emprunter de l'argent, s'adressant même à ses voisins. Tom Plant est mort ruiné, en 1941, peu avant que ses créanciers ne mettent tous ses biens aux enchères. Sa manufacture est maintenant en ruine, à la suite de ce qui est connu à Boston comme le plus grand incendie de l'histoire de la ville à avoir détruit un même édifice. Son domaine est devenu un site touristique important qui est géré par une société nationale qui embouteille, sous la marque Castle Springs, de l'eau puisée au sommet de la montagne avoisinante.

Même si le nom de Tom Plant n'a jamais figuré dans les répertoires franco-américains tels Le Guide Officiel, il serait considéré Franco-Américain selon n'importe lequel des critères qui nous servent à mesurer l'ethnicité. Ses parents étaient tous deux Canadiens français et il a été élevé dans un milieu canadien-français où il était entouré de parents et amis originaires du Canada ; apparemment, il parlait français et, dans ses temps libres, il a étudié l'histoire de la France et voyagé dans ce pays. De plus, il était identifié par ses concitoyens yankees comme un Canadien français. Toutefois, les Francos qui visitent son domaine n'ont pas été informés de ses origines, pas plus que les guides yankees d'ailleurs. Heureusement, le «nettoyage ethnique» a été arrêté une fois que des renseignements sur sa vie ont été connus et que son héritage canadien-français a été revendiqué.

Ma recherche sur Tom Plant m'a amené non seulement à me demander pourquoi, de façon aussi exceptionnelle, il ne correspondait pas aux stéréotypes courants sur les Franco-Américains mais également à tenter de voir si ces préjugés avaient quelque fondement. J'ai commencé à chercher des indices dans l'histoire de la famille de Tom et d'autres Canadiens français ayant émigré du Bas-Canada pour s'établir au Maine au début des années 1800. Cette quête de nouveaux renseignements sur ces «Francos disparus» au sujet desquels on connaît si peu de choses m'a conduit à faire, pour la période allant de 1810 à 1860, une recherche sur la route du Canada et les régions frontalières qui lui correspondent tant au Québec qu'au Maine.


Barry et Kenai Rodrigue, Manchester, New Hampshire, 1998 (Photo de Henry Deeks).
Pour plus d'information, consulter les ouvrages suivants :
Barry Rodrigue, Tom Plant and the Making of a Franco-American Entrepreneur, 1859-1941, New York : Garland Publishing, 1994.

Un ouvrage du même auteur sur la route du Canada est en préparation.