Les routes d'Aroostook

  1. Situation géographique et contexte historique
  2. Sous les régimes français et britanniques
  3. Les premiers immigrants acadians et canadiens
  4. Le développement du Madawaska
  5. Tensions frontalières
  6. Routes militaires et commerciales
  7. Guerre évitée
  8. Nouvelles vagues d'immigration
  9. Une route bi-directionnelle
  10. Sources

  1. Nouvelles vagues d'immigration
Le changement de souveraineté du côté sud de la rivière Saint-Jean n'eut pas d'impact significatif sur l'immigration dans la région de Madawaska et celle plus vaste d'Aroostook, au Maine. En 1800, l'immigration acadienne était pratiquement terminée mais l'immigration canadienne à partir des paroisses situées le long du fleuve Saint-Laurent vers Madawaska continua à augmenter jusqu'au milieu du siècle alors que presque toute la bonne terre alluviale le long de la rivière Saint-Jean et ses affluents avait été occupée ; de plus, la plus grande partie du bois des parties élevées de la vallée avait été coupé. Avec l'accroissement naturel de la population et l'immigration, la population franco-américaine de la région de Madawaska atteignait près de 6 000 personnes en 1850, un petit nombre seulement d'habitants non francophones étant venus d'autres régions du Maine et de la Nouvelle-Angleterre.

Un traversier transportant des voyageurs entre l'ancienne route du portage du Témiscouata à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick, et le réseau routier d'Aroostook, à St. David, au Maine, au tournant du vingtième siècle.

Source : Société historique du Madawaska

Des historiens dont Béatrice Craig ont montré que le peuplement de la région de Madawaska par des Acadiens et des Canadiens était un exemple de l'établissement, à ses débuts, d'une présence franco-américaine permanente au Maine ; les immigrants vinrent dans la région en utilisant le réseau routier du Témiscouata et d'Aroostook. Dans les années 1840, la disponibilité de terres pour établir de nouvelles fermes à Madawaska avait considérablement diminuée et la possibilité de s'établir dans la région n'attirait plus beaucoup d'immigrants. Toutefois, Madawaska n'était pas la seule communauté où se faisait sentir l'augmentation de la pression démographique sur la disponibilité de bonnes terres qui entraînait le départ des fils sans terre et des filles pour trouver ailleurs de nouvelles possibilités d'emploi. À travers le Nord-Est du continent, dans les communautés canadiennes-françaises de la vallée du Saint-Laurent, sur les fermes de la région atlantique du Canada et dans les agglomérations yankees de la Nouvelle-Angleterre, la même dynamique était en jeu. Au dix-neuvième siècle, près de 700 000 habitants de la Nouvelle-Angleterre migrèrent vers l'Ouest américain à la recherche de nouvelles terres agricoles dans les nouvelles régions de colonisation. Parallèlement, des centaines de Canadiens de l'Atlantique se déplacèrent pour trouver de meilleures terres dans les nouvelles régions de colonisation américaines et canadiennes, pour travailler à la coupe du bois et dans les villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre. Ainsi, près de 900 000 Canadiens français immigrèrent aux Etats-Unis - une bonne partie d'entre eux venant au Maine et au Sud de la Nouvelle-Angleterre pour trouver du travail dans les villes manufacturières en croissance. Dans le milieu socio-économique changeant des régions frontalières du Nord-Est, le réseau routier Témiscouata-Aroostook jouait maintenant le rôle de long « sentier » en fournissant aux immigrants de la vallée du Saint-Laurent une voie directe vers Bangor et les régions centrale et méridionale du Maine et de la Nouvelle-Angleterre.

Dans la communauté canadienne-acadienne de St. David, au Maine, en bordure du réseau routier d'Aroostook, vers 1912.

Source : Société historique du Madawaska.