Les routes d'Aroostook

  1. Situation géographique et contexte historique
  2. Sous les régimes français et britanniques
  3. Les premiers immigrants acadians et canadiens
  4. Le développement du Madawaska
  5. Tensions frontalières
  6. Routes militaires et commerciales
  7. Guerre évitée
  8. Nouvelles vagues d'immigration
  9. Une route bi-directionnelle
  10. Sources

  1. Sous les régimes français et britanniques
Aujourd'hui, la rivière Saint-Jean constitue la majeure partie de la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick. Toutefois, au dix-septième siècle, presque tout le Maine, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse faisaient partie de la Nouvelle-France, plus précisément de l'Acadie, nom que les Français avaient choisi pour désigner la partie orientale de leurs territoires en Amérique du Nord. Le fleuve Saint-Laurent était la principale voie de communication entre l'Acadie et la colonie occidentale du Canada dans la vallée du Saint-Laurent, aujourd'hui le Québec. Toutefois le fleuve avait un important désavantage ; de la fin-décembre jusqu'en avril, il était gelé, ce qui empêchait la circulation des bateaux. Aussi, la nature imposa-t-elle aux Français de chercher à créer un lien terrestre entre le Canada et l'Acadie. Ainsi, à la fin des années 1600, pour relier la baie de Fundy à la rivière Saint-Jean, on établit une route rudimentaire composée de portions où les déplacemnts se faisaient en canot, de nécessaires portages permettant de se déplacer d'un réseau hydrographique à l'autre et, de sentiers. De là, pour se rendre jusqu'aux établissements canadiens de la vallée du Saint-Laurent, on se dirigeait vers le nord en longeant la rivière Madawaska jusqu'au lac Témiscouata et on continuait jusqu'au fleuve. Après la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1760, cette route fut améliorée durant la Révolution américaine (1775-1783) et au cours des décennies qui suivirent ; il s'agissait de la seule route qui permettait, en hiver, le transit du courrier, les mouvements de troupes et tout autre forme de déplacement entre le principal port britannique, Halifax, en Nouvelle-Écosse, et la ville de Québec. Sous le régime britannique, cette route était connue sous le nom de route du portage du Témiscouata en raison du lac du même nom à proximité duquel passait la route au Québec. La route avait la réputation d'être en mauvais état. Toutefois, grâce aux efforts soutenus des colons de la région et du gouvernement britannique, un voyageur fut en mesure d'écrire, en 1832 : «les améliorations récentes ont permis le passage de voitures à neuf roues sur toute sa longueur et, même si elle présente de fortes côtes, les carreaux placés dans une boîte, sur une des charrettes, n'ont subi aucun dommage en cours de route.

Cette carte de J. Frédérick Holland datant de 1793 trace clairement la route du «Grand Portage» (Temiscouata Portage) et indique les hameaux français déjà établis à la confluence des rivières Madawaska et Saint-Jean. Notons qu'à cette époque, cette région était considérée par plusieurs comm faisant partie des territoires nord-américains de la couronne britannique.


Une carte datée de 1844 , soit deux ans après la signature du Traîté de Webster-Ashburton, démontre clairement le caractère international de la région avec la frontière traversant la florissante colonie acadienne du Maine et du Nouveau-Brunswick.

Source : E21 Ministère des terres et forêts / Arpentage / Frontières nos 24, 32 / Archives nationales du Québec à Québec.

La ferme Long à l'extrémité sud du Lac Témiscouata, vers 1830. La ferme Long était située, à l'intérieur des terres, à 36 milles du chemin du Roi qui reliait la ville de Québec à la route du portage du Témiscouata. Les voyageurs fatigués pouvaient arrêter à la ferme pour se restaurer, se reposer ou payer le prix de la traversée du lac dans un des canots de la ferme Long.

Source : Joseph Bouchette, Description topographique de la province du Bas-Canada, 1815.